Oberhof… là où l’impossible devient possible.
Rédigé le 30 décembre 2013, par m_9er


Oberhof est situé en forêt de Thuringe au milieu de l’Allemagne sur le massif du Rennsteig (le Ski-Arena en porta même le nom entre 2003 et 2007 avant d’endosser celui d’une banque). L’altitude y est modérée (814 m au niveau du pas de tir), et le climat assez capricieux (pluie vent brouillard neige). La neige n’est donc jamais totalement garantie en janvier, ce qui fait d’Oberhof une place "sensible" pour la tenue d’épreuves de Coupe du Monde de biathlon.
 
En 10 ans (de 1984 à 1993) sur les 6 premières Coupe du Monde programmées en Thuringe (en passant de la RDA du bloc de l’Est à la RFA d’après réunification), Oberhof connut l’échec par deux fois. Pour cette première décennie on obtient un ratio de 4 organisations réussies (1984/85/86/91) contre 2 annulations (1990/93).
Depuis le taux de réussite est passé à… 100% (17/17) mais encore faut-il voir parfois à quel prix ! Chaque automne/hiver un peu trop doux et c’est l’angoisse… comme la présente saison 2013/14 ou… celle de 2006/07. Jusqu’à cette saison d’exception là, Oberhof s’était toujours tiré d’affaire en combinant production de neige de culture (quand les températures le permettaient) et stockage des premières neiges dans des dépôts optimisés situés bien à l’ombre à quelques kilomètres du stade. Pour les CdM 2001 et 2005, le site fut entièrement enneigé par de la neige issue des dépôts et transportée par camions. En janvier 2001 il s’agissait même d’une première mondiale et… d’un véritable exploit au vu de la cascade d’annulations sans précédent, faute de neige à peu près partout en Europe en décembre 2000 : dans l’ordre Hochfilzen, Pokljuka et Brezno-Osrblie furent contraints de jeter l’éponge. Ces trois premières étapes de Coupe du Monde s’étaient finalement toutes disputées sur le seul site (l’altitude a du bon !) en mesure d’assurer : Antholz-Anterselva (qui eut donc le privilège d’accueillir 4 des 9 CdM de la saison 2000/01…).

Il est surprenant que le succès de l’organisation de la Coupe du Monde à Oberhof en 2007 dans un contexte impossible n’ait pas marqué les mémoires plus que cela (comme si c’était normal, finalement…). D’autant que ce moment d’histoire du biathlon est directement à l’origine de la construction du Ski-tunnel d’Oberhof ! Un ski-tunnel dont on a vu toute l’utilité depuis lors. Comme en janvier 2012 (où un stock de neige et glace pilée tenu bien à l’abri lorsque la pluie diluvienne dévastait le site à moins de 48 heures de la première course permit de reconstruire les pistes dans la foulée) ou comme le présent hiver (neige ramassée sur les hauteurs dans les alentours et stockée dans le tunnel).
 

 
Retour sur le "miracle d’Oberhof 2007". Dès le début du mois de décembre 2006 les organisateurs se montrent extrêmement anxieux. Il y a de quoi : les dépôts de neige sont vides (point de premières neiges cet automne là…), la météo n’est pas bonne, il fait trop chaud (donc pas de neige de culture possible) et les prévisions n’indiquent aucun changement à venir. Le CO d’Oberhof ne lâche pas le morceau pour autant et cherche des solutions. Il essaie d’abord toutes les astuces possibles pour produire, malgré la douceur, l’or blanc qui ne peut pas tomber du ciel : comme cette grande tente réfrigérée de six mètres de haut installée sur une surface de 450 m² avec 9 canons à neige dessous… Sans grand succès, c’est insuffisant. La date de décision de l’IBU approche, et la solution vient finalement non pas des hautes montagnes mais de… la Mer du Nord ! Plus précisément du port de pêche de Bremerhaven situé à près de 500 km d’Oberhof. C’est en effet une usine spécialisée dans la production de glace (non, non, pas celle qui va dégouliner sur votre t-shirt l’été prochain si vous ne faites pas attention pour la déguster proprement) qui va mettre une partie de ses capacités de production (180 tonnes par jour) au service d’Oberhof. La Bremerhavener Eiswerk GmbH ne produit pas que des cubes de glace ou de la glace pilée pour le poisson (activité principale). A son catalogue figure également de la "neige" pour les sports d’hiver. Il s’agit en réalité de glace pilée qui subit une préparation spéciale de "raffinement" (elle est broyée) avant de sortir d’usine, mais au final elle reste malgré tout plus grossière que la neige artificielle classique.

A partir du 21 décembre le ballet d’approvisionnement du Rennsteig-Arena est lancé (6 camions de 50 m³ chacun sur la route, soit au minimum 300m³ livrés par jour). Le lendemain (22 décembre), une réunion à distance (téléphone) a lieu avec l’IBU, la DSV (fédération allemande de ski), le CO d’Oberhof, l’Eurovision et la ZDF (télé allemande, 2ème chaîne). Face à l’IBU qui doit prendre sa décision il y-a des enjeux de poids : la ZDF et ses audiences, Oberhof et la région de Thuringe qui estiment la perte à 15 millions d’euros en cas d’annulation. En fait c’est plus qu’une question d’argent pour l’organisateur qui déclara alors : « en terme d’image, on ne peut pas se permettre d’annuler, il y a beaucoup de sites de valeur qui sont candidats à la Coupe du Monde qui n’y ont pas droit tous les ans parce qu’il n’y a que 9 étapes par saison, et nous on a cette chance, alors on doit faire l’impossible pour organiser ».

L’IBU donne le feu vert, la prise de risque est réelle, car la neige n’est toujours pas en vue (d’ailleurs elle ne tombera pratiquement pas, par contre la pluie…). Le CO d’Oberhof et la DSV assument. Il reste encore à "enneiger" les pistes avec les 3600 m³ de glace pilée finalement livrés. Une très courte vague de froid arrive à point à Noël (les 27 et 28 décembre ça gèle enfin un peu en Thuringe) ce qui facilite l’opération de préparation des pistes (cf. les portions à fort dénivelé). L’essentiel du travail est fait entre le mercredi 27 (jour de la visite du délégué de l’IBU Franz Berger) et le vendredi 29, soit juste avant... le redoux qui s’amorce le 30 décembre.

Au nouvel an c’est donc un premier soulagement pour les organisateurs, tout est en place et la Coupe du Monde peut se dérouler "comme prévu". L’"enneigement" du site est limité au strict nécessaire (on devine : en dessous du cahier des charges de l’IBU ?), l’anneau de pénalité par exemple apparait tout gringalet avec un insolite rond d’herbe verte au milieu… Durant les épreuves, 1000 m³ supplémentaires de glace pilée seront livrés pour garantir le déroulement de la Coupe du monde jusqu’au dimanche. Si la glace pilée a l’inconvénient de n’être que "grossièrement" de la neige, elle présente en revanche un petit avantage : une meilleure résistance à la fonte sous la pluie (ça tombe bien, parce que justement… les biathlètes auront l’occasion de skier sous la pluie !). La suite on ne vous la raconte pas (vous pouvez consulter les archives et relire les comptes-rendus des courses), les conditions étaient évidemment loin d’être idéales, mais cette étape de Coupe du Monde a bien eu lieu à Oberhof du 3 au 7 janvier 2007, sans modification de programme (et sans véritablement de neige non plus !).

 

 
Le bout du tunnel...
 
C’est bien à ce moment là que le projet du ski-tunnel a été lancé par Ralf Luther président du CO d’Oberhof à l’époque. Un tunnel pour skier toute l’année bien sûr, mais surtout un tunnel où l’on pourrait produire ou stocker de la neige, la protéger du redoux ou de la pluie en attendant de s’en servir, un tunnel qui serait une garantie supplémentaire d’organisation pour les décennies à venir, quelque soit le temps… Sur le coup ça ressemblait à une idée en l’air, voire une utopie (cf. architecture, travaux, financement…), et pourtant trois ans plus tard ce tunnel était devenu réalité !

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