20 km, 15 km, 12,5 km, 10 km, 7,5 km… les distances du biathlon à l’épreuve
Rédigé le 28 novembre 2014, par m_9er


Sans doute en quête de grain à moudre dans l’attente du début des Jeux Olympiques, les médias avaient effectivement relaté cette étrange histoire de piste trop courte, comme on peut le lire par exemple > ici < ou > < .

Qu’importe le bien fondé de la réclamation des Norvégiens, elle a surtout eu le mérite de soulever la question de la distance proposée en course aux biathlètes, un critère pas si anodin finalement : les plus rapides sur la neige préférant certainement avoir à skier 50 m de plus que de moins (quand on sait qu’un podium peut se jouer à deux secondes près…).

 
Bon, désolé, on va casser d’emblée le suspense : la distance de toute épreuve de biathlon n’est que théorique, eh oui, un 12,5 km ne mesurera donc (presque ?) jamais 12500 m.

Il faut bien avoir à l’esprit qu’en plus de la distance, d’autres critères entrent en compte, en particulier l’altitude (80 m de différence au maximum entre le point le plus haut et le point le plus bas de la course, quelle que soit la compétition, le tout à moins de 1800 m au dessus du niveau de la mer), ainsi que le dénivelé des portions d’ascension (le pourcentage de celles-ci ne doit en aucun endroit dépasser les 25%) dont le total (cumulé) maximum (et minimum) fixé par le règlement varie en fonction du format de course (lié à la distance).

Aussi, afin de laisser aux organisateurs la marge de manœuvre indispensable pour la faisabilité des pistes en respectant chaque critère, l’IBU a délimité une fourchette autour de la distance théorique qui va de - 2 % à + 5 %, soit :

- 6 km : de 5,880 à 6,300

- 7,5 km : de 7,350 à 7,875

- 10 km : de 9,800 à 10,500

- 12,5 km : de 12,250 à 13,125

- 15km : de 14,700 à 15,750

- 20 km : de 19,600 à 21,000

En pratique il faut lire "environ", la tolérance étant en effet de mise (tant que les autres critères règlementaires d’altitude et de dénivelé sont respectés). Il n’est ainsi pas rare que la distance réelle sorte de l’intervalle, comme ce fut le cas en janvier à Antholz sur le sprint hommes : 9,786 km (-2,1%) et… sur la poursuite féminine : 10,695 km (mmhhh, presque 7%…)

En ce qui concerne le cas très particulier de l’anneau de pénalité (150 m), la marge est de + ou - 5m, soit une boucle (distance mesurée à la corde) de 145 m minimum à 155 m maximum.
 

Pour réaliser l’ensemble des parcours en Coupe du Monde (individuel, sprint, poursuite, mass-start, relais, catégories H et F), des pistes de cinq longueurs différentes sont nécessaires, pistes qui se partagent évidemment une majorité de portions communes.
 
L’IBU attribue des codes couleur à chacune des pistes :
 
- 2 km —> Relais F (& mixte), Poursuite F
 
- 2,5 km —> Relais H (& mixte), Sprint F, Poursuite H, Mass-Start F
 
- 3 km —> Mass-Start H, Individuel F
 
- 3,3 km —> Sprint H
 
-  4 km —> Individuel H
 
- Il existe également une piste de 1,5 km (utilisée pour la poursuite 7,5 km jeunes dames) qui sera testée pour la première fois cette saison en Coupe du Monde sur le tout nouveau relais simple mixte (single mixed relay), la dernière innovation de l’IBU !
 

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Plan de pistes Coupe du Monde, Le Grand Bornand(cliquer pour agrandir)
 
 

Mise en service sur 4 formats de course, la boucle de 2,5 km est la plus usitée (pas loin de la moitié des épreuves, 31 sur les 63 disputées lors de la saison 2013/2014 !).
Ce n’est pas tout : dépendante de la configuration du stade (la zone de départ par ici, le pas de tir, la zone d’arrivée par là), une même boucle (qu’elle soit rouge, verte, jaune, bleue ou marron) aura en course le plus souvent trois longueurs (sensiblement) différentes (cf. cas des pistes olympiques de Sotchi - lire plus loin sur cette page) :

- le premier tour

- le tour (ou les 3 tours) intermédiaire(s) entre chaque arrêt sur le tapis (cf. épreuves à 2 ou à 4 tirs)

- le dernier tour
 

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…comme on peut le voir sur le plan du sprint dames d’Hochfilzen (cliquer pour agrandir), où il y a plus de trois cent mètres de différence entre la boucle la plus courte et la plus longue, pour un total étonnamment proche de la distance théorique (7,508 km). Précisons au passage que la portion de piste devant le pas de tir (une centaine de mètres) est bien comprise dans la distance.
 
 

En général les sites habituels de la Coupe du Monde proposent peu ou prou les mêmes profils de piste et distances d’une année sur l’autre, mais rien n’est figé. Il suffit d’une météo difficile qui oblige à modifier une portion de piste (neige abimée par la pluie, section rendue dangeureuse par la glace etc.), du grignotage d’un virage jugé trop compliqué, une nouvelle idée de piste, une rénovation de stade, etc., pour que cela évolue, ponctuellement, progressivement ou plus durablement (Ruhpolding transformé pour les mondiaux de 2012, la piste olympique de Sotchi 2014, retouchée après le test "pré-olympique" de l’année précédente...).
 
Pendant de longues années Antholz avait l’originalité de proposer un sprint hommes 10 km panachant deux pistes (jaune et marron) pour un 3 + 4 + 3 qui faisait le compte. Ce n’est seulement que depuis janvier 2012 que ce sprint se déroule sur une nouvelle piste bleue 3,3 km.
 
Parfois c’est la météo qui s’en mèle et contraint les organisateurs à des modifications de formule ou de programme.

On se souvient qu’en janvier dernier Oberhof fut confronté à un déficit de neige empiré par une météo catastrophique (pluie et douceur). En accord avec l’IBU les organisateurs privilégièrent l’entretien de la piste la plus vitale (2,5 km) plutôt que de risquer un enneigement problématique de la boucle de 3,3 km. Le sprint hommes se déroula donc sur la piste de 2,5 km selon la formule 2,5 + 5 (2,5 x 2 avec un passage "à vide" au pas de tir) + 2,5.

En décembre 2006, par une saison extraordinairement douce, Hochfilzen se vit confier deux CdM consécutives suite au forfait d’Osrblie en Slovaquie (pas de neige). L’enchainement des compétitions sur la quinzaine fut éprouvante pour les pistes… L’IBU dut changer de programme trois jours avant l’individuel hommes normalement prévu : ce dernier fut annulé et remplacé par un sprint sur la piste de 3.3 km, car les médiocres conditions de neige ne permettaient pas d’assurer la boucle de 4 km.
 
 
 

La saison 2013-2014
 
 

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Tableau des distances, saison 2013-2014 (cliquer pour agrandir)
 
 
 
A l’exception des 15 et 20 km hommes, les distances réelles de la saison écoulée sont en moyenne plus longues que les distances théoriques, ce qui est conforme à la logique au vu des normes IBU (de -2 à +5%), seules 15 courses individuelles sur 52 ayant une distance inféreure à la normale (9 chez les hommes, 6 chez les dames).

- Les distances proposées aux filles sont comparativement plus longues que celles porposées aux hommes (par rapport aux distances théoriques respectives, bien entendu).

- La poursuite est le format de course qui offre la plus grande variabilité de distance, 750 m entre la poursuite la plus courte et la plus longue pour les hommes, 798 m pour les dames (ça commence à compter !), c’est aussi celui qui a la distance moyenne la plus élevée (toujours par rapport à la norme).

- A l’inverse des plus petites courses (7,5 km, 10 km, 12,5 km), le 15 km et le 20 km ont vu des distances réelles relativement plus modestes. Mis à part le long individuel dames d’Östersund, les 15 km sont très proche de la norme. En revanche le 20 km, dans la fourchette basse n’avait la saison passée de "20 km" que le nom. A voir cette saison si il s’agit d’une toute nouvelle tendance qui se dessine.
Il fut un temps où l’individuel tapait dans les 21 bornes : 21,080 km, Antholz janvier 2005 !!
Et question variabilité on peut dire qu’Östersund a déjà expérimenté les extrêmes, passant de 19,255 km pour l’individuel des Championnats du Monde 2008 à 20,935 km (de 2009 à 2011), soit un écart de 1680m sur le même site !

- A noter enfin, le 7,5 km du Grand-Bornand était le plus long de la CdM passée (7,815) (moins de 2 km de différence entre les sprint H et F).

 
 

Pour en revenir à l’anecdote évoquée en début d’article, voici le détail des boucles mesurées aux Jeux Olympiques de Sotchi :
 
- piste 2 km : 1992m + 1951m + 2052m

- piste 2,5 km : 2574m + 2533m + 2634m

- piste 3 km : 2985m + 2980m + 3086m

- piste 3,3 km : 3393m + 3388m + 3494m

- piste 4 km : 3950m + 3945m + 4051m
 
A la lecture de ces chiffres on ne peut que s’interroger sur cette histoire de "piste trop courte".
Toutes ces distances sont en effet parfaitement dans les clous (avec de la marge), les plus courtes étant celles de 2 km, 3 km et 4 km.
Quid du rallongement de la piste de 2,5 km (de longueur consistante, finalement) ? Manquait-il 40 m ou... 400 m ? ou... problème "technique" ? Mystère...

 
La distance est bien un critère qui compte (spécialement lorsqu’un biathlète un peu juste physiquement finit le dernier tour sur les rotules) mais elle n’est sans doute pas celui qui détermine le plus le degré de difficulté d’une épreuve. Outre le parcours de type "roulant" ou "accidenté", il y a aussi et surtout l’état de la neige, les conditions de glisse (très lié à la météo, la température), autant de facteurs susceptibles de durcir la compétition et créer des écarts. Sans parler du pas de tir selon qu’il soit placé après une montée (effort) ou une descente (récupération) ce n’est pas pareil, l’exposition au vent, la visibilité, tant d’éléments qui influent…
 
 
Bon, euh... cet article étant suffisamment long comme ça (quoi, vous êtes encore là ?), on n’ira pas plus loin (ouf, vous voilà rassurés !).
 
Et maintenant on vous prévient, il faudra tenir la... distance tout l’hiver, car la saison est lancée :
 
- dimanche 30 novembre, 15h30, relais mixte d’ouverture de la Coupe du Monde 2014/2015 à Östersund (Suède) ! HEJA !

 
 

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